Dans le désert du Nevada, un pro de la cryptomonnaie espère transformer ses rêves de ville intelligente futuriste en réalité. Pour ce faire, il demande à l’État du Nevada de laisser des entreprises comme la sienne former des gouvernements locaux sur les terrains qu’elles possèdent, ce qui leur donnerait un pouvoir sur tout, des écoles aux forces de l’ordre.

Jeffrey Berns, le fondateur et PDG de Blockchains LLC, entreprise basée à Storey dans le Nevada, envisage une ville où les gens achètent non seulement des biens et des services avec une monnaie numérique mais enregistrent également toute leur empreinte numérique en ligne, états financiers, dossiers médicaux et données personnelles, sur une blockchain. Ce registre numérique connu principalement pour l’enregistrement des transactions de cryptomonnaie a également été adopté par certains gouvernements locaux pour effectuer des tâches comme la documentation des licences de mariage à la simplification des élections.

La société souhaite ouvrir la voie d’ici 2022 dans le comté rural de Storey, à l’est de Reno. Elle propose de construire 15 000 maisons et 3 millions de mètres carrés d’espace commercial et industriel d’ici 75 ans. Jeffrey Berns, dont l’idée est à la base d’un projet de loi que certains législateurs ont examiné, a déclaré que le gouvernement traditionnel n’offrait pas suffisamment de flexibilité pour créer une communauté où les gens peuvent inventer de nouvelles utilisations de sa technologie. « Il doit y avoir quelque part sur cette planète un endroit où les gens sont prêts à repartir de zéro et se dire Nous n’allons pas faire les choses de cette façon simplement parce que c’est ainsi que cela a été pensé fait. »

Jeffrey Berns souhaite que le Nevada modifie ses lois pour autoriser des zones d’innovation où les entreprises auraient des pouvoirs comme ceux d’un gouvernement de comté, permettant la création de systèmes judiciaires, l’imposition de taxes et la construction d’infrastructures tout en prenant des décisions en matière de gestion des terres et de l’eau. La perspective a suscité l’intrigue et le scepticisme des hommes de lois du Nevada, bien que la législation n’ait pas encore été officiellement déposée ou discutée lors d’audiences publiques. La plupart des membres de l’Assemblée législative contrôlée par les démocrates sont désireux de diversifier l’économie dépendante du tourisme du Nevada. Cependant, beaucoup craignent des réactions négatives contre les incitations commerciales alors qu’ils luttent pour financer les soins de santé et l’éducation.

Cette proposition diffère des gros rabais fiscaux qu’ils sont réticents à accorder, comme par exemple les 1.3 milliard de dollars donnés à Tesla pour construire son usine de batteries dans le nord du Nevada ou les milliards que les états de New York et de Virginie ont offert à Amazon pour construire un nouveau siège social. Cela soulève également des inquiétudes plus profondes concernant l’augmentation de l’emprise des entreprises de technologie sur la vie quotidienne à un moment où les régulateurs antitrust et les démocrates du Congrès affirment que des géants de la technologie comme Facebook et Google contrôlent les marchés et mettent en danger la vie privée des gens.

Blockchains LLC et les pseudos zones d’innovation étaient un élément clé du discours du gouverneur Steve Sisolak en janvier dernier lorsqu’il a présenté des plans pour reconstruire une économie plus diversifiée après la pandémie de coronavirus. Steve Sisolak, dont la campagne et le comité d’action politique affilié ont reçu 60 000 dollars de la société, a déclaré que la proposition transformerait le Nevada en épicentre de cette industrie émergente et créerait les emplois et les revenus bien rémunérés qui vont avec. » Le bureau du gouverneur a refusé de commenter davantage les zones d’innovation. Cependant, avec le soutien de Steve Sisolak, l’idée pourrait être sérieusement envisagée à l’Assemblée législative.

Si les législateurs soutiennent la proposition, les entreprises technologiques avec au moins 200 kilomètres carrés de propriétés foncières et qui promettent un investissement d’un milliard de dollars pourraient créer des zones gouvernées par trois personnes comme les commissaires de comté. Le projet de loi stipule que deux d’entre eux proviendraient initialement de l’entreprise. Dans le comté de Storey, qui abrite déjà l’usine de Tesla, les responsables attendent plus d’informations avant de donner leur avis, ils déclarent qu’il faut encore répondre à certaines questions.

Le commissaire Lance Gilman, qui possède le Mustang Ranch et a acheté la plupart des terres du comté pour en faire un parc industriel il y a des décennies, a soutenu l’attrait des entreprises technologiques pour cette région et l’augmentation de sa population. Lance Gilman, qui a travaillé au service marketing pour Blockchains LLC de 2018 à 2019, a déclaré qu’il y avait de nombreuses inconnues sur la cession du contrôle à une nouvelle juridiction située à l’intérieur des frontières du comté. « Le projet de loi veut que le comté hôte le laisse se former, connaisse du succès, ne leur paie pas beaucoup d’argent et les laisse finalement prendre en charge tout le comté et toutes les opérations, s’il réussit », a t-il déclaré.

Le plan directeur du comté ne permet pas le développement résidentiel dans le centre industriel de Tahoe-Reno où se trouve la plupart des propriétés de Blockchain LLC. Il permet en revanche la construction de 3 500 maisons à Painted Rock, une section des 271 kilomètres carrés appartenant à Blockchain LLC. Jeffrey Berns a déclaré que des responsables lui avaient dit lors d’une discussion informelle il y a deux ans qu’ils n’étaient pas intéressés par le zonage de plus de maisons, une réunion que l’ancien directeur du comté Pat Whitten a confirmé. Jeffrey Berns comprend que les dirigeants élus du comté de Storey ne veulent peut-être pas d’une ville expérimentale dans leur pré-carré, il pense cependant que l’idée devrait être une décision de l’État en raison de son potentiel à définir singulièrement le Nevada pour l’avenir.

Traduction de l’article original en anglais écrit par Michelle L Price, membre de Associated Press.

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