Aussi curieux que cela puisse paraître, le célèbre système d’exploitation de Google doit quelque chose à Steve Jobs & Apple. Voici l’histoire un peu rocambolesque d’Android.

Système d’exploitation pour particuliers le plus utilisé au monde, oui, devant Windows, avec plus de deux milliards d’utilisateurs actifs mensuels, Android est open source et basé sur Unix donc son code est accessible à tous, Google restant le maître d’oeuvre. Son emblème maintenant mondialement connu est le petit robot vert nommé bugdroid. Le lancement officiel d’Android date de 2007 et l’histoire de ce système d’exploitation remonte aux années 90. Comme signalé en tête d’article, Android vient d’Apple.

Apple, contrairement à ce que disait souvent Steve Jobs, est une entreprise à l’histoire compliquée et contradictoire. C’était déjà une start up à ses débuts grâce à des hackeurs à l’idéologie semblable l’open source d’aujourd’hui et arrivée dans le monde du business presque contrainte et forcée par Steve Jobs. Apple Computer a dû son ascension foudroyante à un principe d’architecture ouverte issu du monde Linux là où tous les autres fabricants d’ordinateurs misaient sur des systèmes fermés, IBM & Microsoft en tête.

Au début des années 1990, un jeune ingénieur du nom d’Andy Rubin est engagé par Apple. Il arrive dans une entreprise qui a poussé Steve Jobs vers la sortie quelques années plus tôt et a compensé son style tyrannique passé en prenant une structure très démocratique ou plutôt bureaucratique. Sa passion pour la robotique lui vaudra le surnom affectueux d’Android par ses collègues. C’est l’époque où les personnes bien connues qui avait inventé le Macintosh se réunissaient autour des idées de Marc Porat recruté par Apple pour penser l’avenir du numérique. L’avenir qu’il imagine est prometteur, chacun tiendrait dans sa main un minuscule ordinateur relié à un réseau informatique mondial permettant à tout le monde de communiquer avec tout le monde. Un service d’échange de photos avait même été appelé Facebase ! Ces idées étaient très en avance pour Apple de l’époque, la start up General Magic voit donc le jour en 1991 pour les concrétiser. Andy Rubin participe en 1995 à cette aventure où l’imagination est reine. Jeux en ligne, e commerce, boutiques d’applications téléchargeables, messagerie avec mémos vocaux, émoticônes et stickers, tout y passe. En y réfléchissant, tout cela a été imaginé avant le web, les SMS ou les écrans tactiles.

Evidemment, les idées de General Magic sont trop en avance sur leur temps. La première entreprise à en faire les frais sera Apple qui censurera le travail de ses ex employés pour produire le Newton, plantage mémorable hors de prix qui plongera la Pomme dans le chaos financier après 1993. La fin arrivera également pour la start up qui produira également un bide en 1995. Cependant, l’influence de General Magic sur la Silicon Valley sera énorme. Ses anciens employés éparpilleront partout ce rêve de smartphone. Parmi ses plus grands succès, Pierre Omidyar fondera eBay et Tony Fadell vendra l’idée de l’iPod à Steve Jobs, rien que ça !

Andy Rubin quitte General Magic en 1997 pour rejoindre WebTV, une autre start up fondée par son ami et collègue Steve Perlman. Ils travaillaient tous deux chez Apple. WebTV est le premier service commercial à relier les télévisions à Internet. L’entreprise est vite achetée par Microsoft qui en fait MSN TV. Rubin part de Microsoft en 1999 puis fonde Danger Inc en 2000. Deux ans plus tard, l’entreprise lance son premier produit, le terminal Hiptop également appelé SideKick. L’appareil tourne sous DangerOS, un système d’exploitation écrit en langage Java et est développé au sein d’un partenariat avec l’opérateur américain T Mobile. Malgré cela, Danger ne fonctionne pas vraiment et son conseil d’administration s’impatiente. Il vire Rubin de son poste en 2003 au profit d’un ancien des télécoms. L’ingénieur décide alors de fonder une nouvelle start up nommé d’après ce surnom qu’il recevait de ses collègues d’Apple, Android.

Quand Android Inc naît en octobre 2003, c’est une entreprise discrète aux activités vagues dont on croit juste savoir qu’elles ont un rapport avec les appareils mobiles. Son but initial est le développement d’un système d’exploitation pour les appareils photo avec un service dans le cloud nommé Android Datacenter pour stocker les photos en ligne. Android Inc a du mal à attirer des investisseurs et courant 2004, l’entreprise est sauvée par une aide financière de Steve Perlman, ami d’Andy Rubin, qui injecte 10 000 dollars en liquide suivi d’un transfert de fonds d’une valeur inconnue. Fin 2004, la start up entame son virage vers les premiers smartphones.

« Nous avions décidé que les appareils photo n’étaient pas un marché assez important », déclare plus tard Rubin en 2013. « J’étais inquiet à cause de Microsoft et de Symbian. » Symbian était le principal système d’exploitation mobile de l’époque utilisé par notamment Nokia. Windows Mobile de Microsoft était un de ses concurrents mais plus modeste, ce qui ne changera pas dans le futur. La stratégie d’Android Inc consiste à gagner beaucoup de parts de marché avant de faire du profit grâce à d’autres offres. L’intention de la start up de rendre son système d’exploitation gratuit et open source pour inciter les opérateurs télécoms à l’adopter vient de ce principe.

Les opérateurs télécoms dominent l’époque et les persuader de partager une parcelle de leur pouvoir sur le téléphone mobile n’est pas simple. Le projet de Rubin semble insensé pour beaucoup de personnes. Comme le disait un investisseur à Steve Perlman en 2003,  »Il faudrait vendre au moins un million de ces trucs pour arriver à équilibrer les comptes. Il essaye de vider la mer à la petite cuillère. »

Pourtant, Android attire l’attention de Larry Page, l’un des deux fondateurs de Google. L’autre fondateur Sergey Brin et le chairman de l’époque Eric Schmidt sont tous deux assez frileux devant l’idée du mobile.Page est séduit par cette idée d’un écosystème mobile ouvert et porté par Google qui permet de porter un coup de vieux aux opérateurs télécoms. Google achète Android début 2005 pour 50 millions de dollars et l’équipe déménage dans le campus du Googleplex en juillet 2005. Cependant, Rubin a du mal à s’habituer à la hiérarchie très linéaire de Google et doit parexemple laisser sa voiture de sport au garage car elle est considérée comme trop ostentatoire. Le reste de la start up continue à fonctionner comme un peu indépendamment avec une culture distincte et une méfiance envers l’autorité de Google.

Le système d’exploitation Android est dévoilé au public en 2007, open source comme promis et basé sur le noyau Linux. Pour commercialiser un téléphone équipé de cet OS, il faut quand même le soutien d’un opérateur et ils ne sont guère enthousiastes à l’idée de casser leurs systèmes fermés. Après avoir refusé au bout de six mois de négociations, T Mobile finit par accepter grâce à l’intervention du cofondateur d’Android Nick Sears, ancien cadre de la firme. Alors qu’Android et Google mettent la touche finale aur G1, un smartphone semblable à un BlackBerry, le big bang survient, Apple dévoile l’iPhone ! Rubin est très impressionné par l’objet et pousse pour qu’un écran tactile soit intégré au G1 qui est lancé en 2008 sous le nom de HTC Dream. Malgré ce contretemps, l’iPhone se trouvera être bénéfique pour Android car il déstabilise l’équilibre des puissances entre opérateurs télécoms. Avec son système fermé et son contrôle total sur son produit, Apple singe en fait les opérateurs tout en prenant leur place. La firme à la pomme a signé un contrat d’exclusivité avec AT&T, ce qui énerve considérablement les concurrents de ce dernier. Quand le Motorola Droid, sous Android évidemment, sort en 2009, Verizon met le paquet sur la communication avec 100 millions de dollars de budget marketing. Ce téléphone devient le premier appareil à être commercialisé avec cet OS.

Il faudra attendre 2011 pour que Samsung avec son Galaxy S2 se hisse à la position de premier constructeur mondial de smartphones Android, achevant ainsi définitivement le règne de Nokia. À partir de cette année, Android s’impose parmi les systèmes d’exploitation mobile et le paysage du smartphone ressemble à ce que nous connaissons actuellement. Andy Rubin a quitté la division Android en mars 2013 pour se concentrer sur d’autres projets comme les robots de Boston Dynamics. Il démissionne de Google en 2014 après des accusations internes d’agression sexuelle envers une employée, empochant au passage 90 millions de dollars et lance en 2017 sa marque de smartphones Essential… qui ne sera pas un succès.

Atout supplémentaire pour bugdroid, Android est soutenu par l’Open Handset Alliance, un consortium fondé par Google en novembre 2007 et regroupant 84 entreprises. Ces dernières incluent des constructeurs d’appareils comme Samsung ou LG, des fabricants de composants comme ARM ou Qualcomm et des opérateurs télécoms comme Vodafone ou T Mobile, encore lui. Les membres du consortium n’ont pas le droit de produire leurs propres versions concurrentes d’Android, officiellement pour éviter la fragmentation de l’écosystème même si certains y voient une manifestation de l’hégémonie de Google, ce qui est la véritable raison. En février 2009 sort la première mise à jour de l’OS, Android 1.1 surnommée en interne Petit Four. C’est le début d’une série de noms de pâtisseries et friandises pour chaque version d’Android en suivant l’ordre alphabétique. Le reste de l’année voit défiler les versions 1.5 Cupcake, 1.6 Donut et 2.0 Eclair. En 2010 arrivent les versions 2.2 Froyo et 2.3 Gingerbread. En 2011, c’est 3.0 Honeycomb et 4.0 Ice Cream Sandwich. En 2012, 4.1 Jelly Bean, en 2013, 4.4 Kit Kat, en 2014, 5.0 Lollipop, en 2015, 6.0 Marshmallow, en 2016, 7.0 Nougat, en 2017, 8.0 Oreo et en 2018, 9.0 Pie. Le suivant cassera cette habitude en devenant tous simplement Android 10. Manifestement, trouver un nom de douceur commençant par Q était visiblement trop compliqué pour Google, à moins que Quality Street n’ait pas voulu s’impliquer là dedans !

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