La sortie du film Le Mans 66 avec Matt Damon dans le rôle de Carroll Shelby et Christian Bale dans celui du pilote Ken Miles est l’occasion de revenir sur la carrière de ce pilote professionnel britannique qui a réellement existé et qui n’est pas très connu. Puisse ces lignes lui rendre l’hommage qu’il mérite. Ken Miles avait déjà une carrière respectée dans le monde de la course automobile mais l’exploit de conduire Ford à la victoire contre Ferrari aux 24 Heures du Mans en 1966 en a fait une star. Bien que cette gloire ait été de courte durée pour lui, qui est décédé au volant peu de temps après, il est toujours considéré comme l’un des grands héros américains de la course avec son exploit sans précédent aux Etats Unis.

Né le 1er novembre 1918 à Sutton Coldfield en Grande Bretagne, on ne sait pas grand chose de la jeunesse de Ken Miles. Il aurait commencé à piloter des motos et a continué de le faire pendant sa période dans l’armée britannique. Lors de la seconde guerre mondiale, il a servi en tant que commandant de char et cela lui aurait donné le goût pour l’ingénierie de haute performance. Après la fin de la guerre, Ken Miles partit en Californie en 1952 pour se lancer à plein temps dans la course automobile. Travaillant en tant que responsable de service pour le distributeur de système d’allumage MG, il s’est impliqué dans des courses sur route locales et a rapidement commencé à se faire connaître.

Bien que Ken Miles n’ait aucune expérience en formule Indy 500 et n’ait jamais couru en Formule 1, il arrivait à battre certains des pilotes les plus expérimentés dans ces formules. Cependant, sa première course a été un échec. Conduisant une MG TD à la course de Pebble Beach, Miles a été disqualifié pour conduite imprudente après la défaillance de ses freins. Ce n’était pas le meilleur début de carrière qui soit mais cette expérience a alimenté sa hargne au volant. L’année suivante, Ken Miles remporte 14 victoires consécutives au volant d’une voiture de course spéciale MG à cadre tubulaire. Il vendit la voiture et utilisa l’argent pour construire quelque chose de mieux, une MG R2 Flying Shingle de 1954. Le succès de cette voiture en course a multiplié les opportunités pour Miles. En 1956, une franchise Porsche locale lui a confié un 550 Spyder à piloter pour la saison. Il a apporté des modifications pour inclure le moteur d’un Cooper Bobtail. Le Pooper était né. En effectuant des tests pour Rootes et en contribuant au développement d’une monoplace Dolphin Formula Junior, le travail de Miles a attiré l’attention de la légende de l’automobile Carroll Shelby.

Pendant ses années les plus actives en tant que coureur, Miles avait des problèmes d’argent. Il a ouvert un atelier de tuning à l’apogée de sa domination sur circuit qu’il a finalement fermé en 1963. C’est à ce moment que Shelby a proposé à Miles de faire partie de l’équipe de développement Cobra de Shelby American et en partie à cause de problèmes d’argent, Ken Miles a accepté. Il a d’abord rejoint l’équipe en tant que pilote d’essai. Il a ensuite gravi plusieurs échelons dont celui de team manager. Malgré tout, Shelby était le héros américain de l’équipe et Miles n’était pas une star jusqu’au Mans 1966.

Après les mauvaises performances de Ford au Mans en 1964, aucune voiture ne termina la course en 1965. Le constructeur américain avait investi 10 millions de dollars pour vaincre Ferrari et engagé une liste de pilotes prestigieux en confiant à Shelby son programme de course GT40 pour qu’il soit amélioré. Selon les rumeurs, Miles aurait fortement influencé le développement de la GT40. Il est également crédité du succès des légendaires Shelby Cobra. C’est vraisemblable en raison de la position de Miles dans l’équipe américaine de Shelby en tant que pilote d’essai et de développement. Alors que, historiquement, Shelby remportait généralement la gloire de la victoire au Mans en 1966, Miles a joué un rôle déterminant dans le développement des GT40 et Shelby Cobra.

Pour le bien de Ford et de l’équipe américaine de Shelby, Miles demeura néanmoins un héros méconnu jusqu’en 1965. Incapable de voir un autre pilote concourir dans la voiture qu’il avait aidée à construire, Miles la pilota et remporta une victoire pour Ford lors de l’édition 1965 de la Daytona Continental longue de 2 000 km. Cette victoire était la première en 40 ans d’un constructeur américain en compétition internationale et prouvait les prouesses de Miles au volant. Bien que Ford n’ait pas gagné le Mans cette année là, Miles a joué un rôle crucial dans leur victoire l’année suivante.

Au Mans 1966, Ferrari était sur une série de cinq victoires consécutives. En conséquence, la Scuderia n’avait inscrit que deux voitures en prévision d’une autre victoire facile. Pourtant, il ne suffisait pas de battre Ferrari. Aux yeux de Ford, la victoire devait aussi être belle. Avec trois Ford GT40 en tête, il était clair que l’Ovale allait remporter la course. Miles et Denny Hulme ont pris la première place. Bruce McLaren et Chris Amon étaient second et Ronnie Bucknum et Dick Hutcherson à 12 tours de la troisième place. À ce moment, Shelby a demandé aux deux voitures de tête de ralentir afin que la troisième voiture puisse rattraper son retard. L’équipe de relations publiques des Ford voulait que toutes les voitures franchissent la ligne d’arrivée côte à côte. Une excellente image pour Ford mais une décision difficile à prendre pour Miles qui avait un caractère bien trempé.

Toutefois, si les trois voitures Ford franchissaient la ligne d’arrivée en même temps, la victoire reviendrait à McLaren et à Amon. Selon les responsables de la course, les pilotes seconds ont techniquement couvert plus de distance car ils ont commencé la course à huit mètres derrière Miles. Les pilotes ont laissé la troisième voiture les rattraper et ont obéi à l’ordre de ralentissement. Cependant, Miles ralentit encore et les trois voitures se croisent en formation au lieu d’être sur la même ligne. Sa manoeuvre a été considérée comme un affront chez Ford de la part de Miles pour son ingérence dans la course. Bien que Ford n’ait pas obtenu le finish parfait, ils ont tout de même gagné. Les pilotes étaient des héros.

La renommée de Ken Miles après la victoire de Ford sur Ferrari au Mans en 1966 fut de courte durée. Deux mois plus tard, il se tue au volant d’une Ford Jcar sur un circuit en Californie. La voiture a explosé en morceaux et a pris feu lors de l’impact. Ken Miles avait 47 ans. Même après sa mort, Ken Miles était un héros de course méconnu. Ford souhaitait que la voiture J fasse suite à la Ford GT 40. Suite au décès de Miles, la voiture a été renommée Ford Mk IV et équipée d’un arceau de sécurité en acier. Lorsque Mario Andretti s’est crashé au Mans en 1967, cet équipement lui a sauvé la vie.

Outre la théorie du complot selon laquelle Miles aurait survécu d’une manière ou d’une autre à la catastrophe et vivrait tranquillement dans le Wisconsin,sa mort est considérée comme l’une des plus grandes tragédies de la course automobile. De plus, son plus grand héritage est un rappel inspirant de ce que les gens peuvent accomplir lorsqu’ils ont la volonté de réaliser leurs rêves.

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