À Billund, au cœur de l’empire Lego, une nouvelle ère est sur le point de démarrer. Celle d’un monde où la célèbre brique ne sera plus en plastique. Appelé par les scientifiques acrylonitrile butadiène styrène, le polymère à l’origine du succès du géant danois n’a plus vraiment la cote au sein de l’entreprise. Il pèse en effet lourd dans le bilan carbone de cette dernière, jusqu’à 90% de ses émissions de CO2, et va ainsi à l’encontre des objectifs écologiques fixés en 2017.

L’année dernière, en partenariat avec le WWF, Lego s’est en effet engagé à diminuer l’impact environnemental de ses briques d’environ 10% d’ici à 2020. « Après avoir réalisé de solides progrès en n’utilisant par exemple plus que des sources d’énergie renouvelables, nous sommes conscients qu’il nous reste encore beaucoup d’efforts à faire pour produire nos briques de manière totalement durable« , concédait alors Marjorie Lao, directrice financière et responsable du développement durable au sein du groupe.

Dans cette optique, Lego a investi près de 130 millions d’euros pour ouvrir un centre de recherche et trouver une alternative à cette substance issue du pétrole et utilisée pour fabriquer annuellement quelque 30 milliards de briques. La solution s’appelle le polyéthylène.

Produite à partir de l’éthanol de la canne à sucre, cette matière permet la fabrication de plastiques végétaux et donc d’objets biodégradables. Lego se donne un peu plus d’une décennie pour transformer toute sa production et n’utiliser que cette ressource dite durable. « Ce projet n’est pas en soi le pire exemple en matière d’utilisation de plastique végétal, notamment au regard de la longue durée de vie des briques Lego et des efforts de l’entreprise en matière de réutilisation et de recyclage. Mais il serait faux de croire que l’industrie des plastiques issus de végétaux est forcément plus propre que celle issue de ressources fossiles« , réagit Mathias Schlegel, porte parole de Greenpeace.

Selon l’ONG, qui avait déjà taclé le fabricant de jouets en raison de ses alliances avec des groupes comme Shell ou Ferrari, Lego ne ferait donc que déplacer le problème vers des matériaux loin d’être perçus comme durables. « La culture de la canne à sucre, qui servira de matière première au nouveau plastique de Lego, est un des principaux vecteurs de la déforestation au Brésil« , rappelle Mathias Schlegel. Reconnaissons aussi que les écologistes ne sont jamais contents !

Qu’elle finisse ou non par s’attirer les bonnes grâces des ONG, cette transformation survient dans une période compliquée pour Lego. Après avoir frôlé le désastre entre 2002 et 2004, le fabricant danois fait à nouveau face à des vents contraires. Pour la première fois depuis quatorze ans, ses revenus ont baissé en 2017, ce qui a contraint l’entreprise à se restructurer en licenciant 1 400 personnes ou l’équivalent de 8% de ses forces.

À l’inverse de son principal concurrent le groupe Mattel, passé dans le rouge l’année dernière avec une perte nette de 1 milliard de dollars, le fabricant de briques reste largement rentable. En une année, son bénéfice a atteint 7.8 milliards de couronnes danoises.

Cette nouvelle crise s’est également répercutée sur le management du groupe. En moins d’un an, la multinationale danoise a changé deux fois de patron. Lego peine visiblement à trouver un digne successeur à Jorgen Vig Knudstorp. Aujourd’hui président du conseil d’administration, cet économiste de formation est à l’origine de la renaissance de l’entreprise. C’est lui qui, en 2004, avait compris quelque chose de fondamental, la nécessité pour Lego de replacer la brique au cœur de ses affaires.

Après avoir connu une situation catastrophique au début du siècle, l’entreprise danoise est aujourd’hui bien positionnée. « Nous avons commencé 2018 en meilleure forme et durant l’exercice en cours nous prévoyons de stabiliser nos affaires en continuant à investir sur de nouveaux produits, en améliorant notre efficacité et en lançant une campagne de marketing mondiale. Il n’y aura toutefois pas de réponse facile et nous aurons besoin de temps pour renouer sur le long terme avec la croissance« , expliquait le 8 mars son nouveau CEO, Niels Christiansen, en présentant les résultats annuels du groupe.

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